mercredi 13 septembre 2017

Danielle Dubé et Nicole Houde
Entre toi et moi, haïkus
Montréal, Pleine lune, 2017, 100 p., 20 $.

Le haïku, un art de vivre

Deux auteures décident un jour de mettre leur amitié, leur talent et leur art en commun, au service de la poésie que l’air du temps leur inspire. Une seule règle, à respecter, sans vraie contrainte, celle du haïku, ce « petit poème japonais dont les premier et troisième vers ont cinq syllabes et le deuxième sept ». Leur collaboration a ainsi pris la forme du recueil intitulé Entre toi et moi.




Danielle Dubé raconte, dans le prologue, l’origine du projet alors qu’elle et Nicole Houde avaient « besoin d’une pause » après avoir terminé l’écriture d’un ouvrage. Il a suffi de voir un monarque « comme mort » sur le sable, que D.D. lui redonne son envol tout en douceur pour qu’un « éclat de soie jaune ocellée de noir dans l’azur » et que surgisse un premier poème. « Peu à peu, le haïku est devenu pour nous deux un art de vivre, une façon de demeurer attentives, de libérer un regard souvent absorbé par la pensée, la réflexion ou l’écriture d’un roman. »
Ce mode de vie, c’est une façon d’appréhender des fragments du quotidien et de les traduire par une forme molle de poésie, comme les montres de Dali, d’où surgit toute l’ampleur du moment. C’est là, à mon avis, où éclate la poésie grâce à la simplicité et la puissance des mots choisis pour toutes les avenues que suggère leur évocation.
Puisque les deux poètes habitent, l’une au Lac-Saint-Jean l’autre à Montréal — « J’avais pour toi un lac. Tu avais pour moi un jardin, une corde à linge » —, elles s’inventent des rencontres, mais composent aussi à distance, d’une saison à l’autre. De tenir ainsi compte de quatre espaces temporels de la nature me semble idéal, car ce ne sont pas que les grands traits qui marquent le visage de la terre de janvier à décembre que leurs haïkus saisissent, mais aussi – j’allais écrire surtout – la lumière du jour que souvent seul l’œil attentif du poète peut saisir, mieux que toute autre image complaisante.
Les auteures nous font partager leur voyage saisonnier en commençant par le printemps espéré, cette renaissance de la nature si importante pour nous, parce qu’attendue dans la froidure de mars et les relents de l’hiver. C’est alors que Nicole Houde remarque « une corneille bouge / sur le faîte d’une épinette / soleil noir du midi », pendant que Danielle Dubé respire le « magnolia en fleurs / tremblant sous la brise / un parfum du ciel ».
Cette dernière, l’été venu, note qu’« au matin / mon ombre me précède / le soir, elle me poursuit », alors que son amie, de « retour à Montréal / ma main se pose sur le dictionnaire usé / mon vieil ami », observe « sur la nappe orangée / la tête renversée de mon chat / on dirait une fleur noire ». Ce sont de bons exemples de poésie, cet art par excellence des mots, dont le regard posé sur ce qui peut sembler banal transforme en images singulières.
Lorsque passe l’automne, toujours trop bref, Danielle Dubé évoque qu’un « matin de brume / ciel et mer se confondent / nous également » et Nicole Houde, qu’« un vieil homme passe / derrière un treillis / puzzle des arrière-cours ». Puis, l’hiver s’amène « au bord du lac / de grands nénuphars glacés / œuvre du froid » que l’une ressent et que les « trottoirs menaçants / les vieillards avancent / à petits pas » passent sous les yeux de l’autre.
Nicole Houde est décédée en février 2016, avant la parution d’Entre toi et moi que son amie a menée à terme, y ajoutant quatre encres acryliques de Carol Lebel, poète et peintre qui lui a donné « le goût du petit genre [celui du haïku] pour traduire l’immuable, le fugitif », dont les couleurs magnifient le sens des saisons.

Ce recueil évoque pour moi Vivaldi et ses quatre saisons dont chacun des mouvements est un hymne au rythme immuable de la vie ou qu’on voudrait parfois ainsi.

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